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Rat Behavior and Biology : Tumeurs et stérilisation

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Tumeurs mammaires, adénomes hypophysaires et stérilisation
(http://www.ratbehavior.org/TumorSpaying.htm)


Auteur original : Anne Hanson (2 octobre 2007)
Traduction : Cécile Voisin (14 janvier 2011)
Correction : Charlotte Dumartin, Estelle Deyrieux et Laura De Paepe


Note : Je suis biologiste, pas vétérinaire. Cet article a pour but de donner aux propriétaires de rats des informations sur les tumeurs des rates et la stérilisation étant décrits dans les livres. Cet article n'a pas pour but de remplacer l'avis d'un vétérinaire. S'il vous plait, consultez votre vétérinaire par égard pour votre animal.


Sommaire

Quelle est la fréquence des tumeurs mammaires et de l'hypophyse ?

Les femelles non-stérilisées sont sujettes au développement de tumeurs mammaires, adénomes hypophysaires et autres tumeurs liées aux œstrogènes lorsqu'elles vieillissent. À la ménopause (450 à 540 jours) la fréquence des tumeurs mammaires augmente et les adénomes hypophysaires commencent à apparaître. Une deuxième augmentation des tumeurs mammaires et des adénomes hypophysaires se déclare à la fin de la seconde année (de 600 à 800 jours) (Durbin 1966).

La plupart des recherches sur les prédispositions aux tumeurs des rates non-stérilisées ont été faites sur différentes lignées. Les lignées et les populations diffèrent dans la susceptibilité des femelles à développer des tumeurs. Cette susceptibilité peut largement varier.

Ci-dessous vous retrouverez des études examinant les pourcentages de rats de lignées particulières développant des tumeurs mammaires. Vous verrez le pourcentage de tumeurs bénignes contre le pourcentage de tumeurs cancéreuses :

  • Rats Wistar :
    • 25,3 % des femelles ont développé des fibro-adénomes mammaires, 13,1 % ont développé des carcinomes mammaires (Walsh et Poteracki 1994)
    • 36 % des femelles ont développé des fibro-adénomes mammaires, moins de 7 % ont développé des carcinomes mammaires (Poteracki et Walsh 1998)
  • Rats Sprague-Dawley :
    • 47 % des femelles ont développé des tumeurs mammaires. 12 % de ces tumeurs étaient malignes Solleveld et al. 1986)
    • 49 % des femelles ont développé des tumeurs mammaires (24 sur 49), 8,2 % ont développé des carcinomes mammaires (4 sur 49) (Hotchkiss 1995)
    • 71 % des femelles ont développé des tumeurs mammaires, dont 18 % étaient des carcinomes (Durbin et al. 1966)
    • 76 % des femelles, dont la majorité étaient des fibro-adénomes bénins (Kaspareitt et Rittinghausen 1999)
  • Rats Long-Evans :
    • 28 % des femelles ont développé des tumeurs mammaires de différentes sortes, 22 % ont développé des fibro-adénomes mammaires bénins (Sommers 1997)
  • Rats Nobles :
    • 45 % des femelles ont développé des tumeurs mammaires, 70 % de ces tumeurs étaient des fibro-adénomes bénins, 20 % étaient des carcinomes (Cheung et al. 2003)
  • Rats WAG/Rij :
    • 29 % des femelles ont développé des tumeurs mammaires, la moitié de celles-ci étaient malignes (Solleveld et al. 1986)
  • Rats BN/BiRij :
    • 17 % des femelles ont développé des tumeurs mammaires, 33 % de celles-ci étaient malignes (Solleveld et al. 1986)


En ce qui concerne les adénomes hypophysaires, il y a eu différentes études :

  • Rats Wistar :
    • 50 % des femelles ont développé des adénomes hypophysaires (Poteracki et Walsh 1998)
    • 55 % des femelles ont développé des adénomes hypophysaires (Walsh et Poteracki 1994)
  • Rats Sprague-Dawley :
    • 39 % des femelles ont développé des adénomes hypophysaires (Kaspareitt et Rittinghausen 1999)
    • 66 % des femelles ont développé des adénomes hypophysaires (Hotchkiss 1995)


Et pour les rats domestiques ?

Les études listées ci-dessus montrent que la prédisposition des rats aux tumeurs varie largement selon la lignée, de 17 % à 75 % pour les tumeurs mammaires, et de 39 % à 66 % pour les adénomes hypophysaires. Mais les rats domestiques ne sont pas des rats de laboratoire. Les rats provenant d'une lignée de laboratoire sont très liés et seront donc plus réguliers dans leur risque de développer des maladies à composante génétique que les rats domestiques, qui sont génétiquement plus variables.

Pour connaître le risque de développer une tumeur pour votre rat, la meilleure approche est d'obtenir les informations sur la fréquence des tumeurs chez ses femelles parentes.

Pour plus d'informations sur la stérilisation et les rats domestiques, voir Stérilisation et fréquence des tumeurs post-stérilisation chez les rats domestiques.

La stérilisation réduit-elle la fréquence des tumeurs mammaires et des adénomes hypophysaires ?

Oui.

Les tumeurs mammaires et les adénomes hypophysaires sont liés aux œstrogènes. Ainsi, la stérilisation réduit la fréquence de ces tumeurs en retirant une grande source d'œstrogène (pour en savoir plus, voir Russo & Russo 1998).

Hotchkiss (1995) a comparé le nombre de femelles non-stérilisées ayant développé des tumeurs mammaires au nombre de femelles stérilisées (ovariectomie) ayant développé des tumeurs mammaires. Les résultats sont très clairs : 49 % des femelles non-stérilisées de l'étude ont développé des tumeurs mammaires bénignes, 8,2 % ont développé des carcinomes mammaires, et 66 % ont développé des adénomes hypophysaires, alors que seulement 4 % des femelles stérilisées ont développé des tumeurs mammaires bénignes, aucune n'a développé de carcinome mammaire et 4 % ont développé des adénomes hypophysaires.

Pareillement, Solleveld et al. (1986) ont découvert que la stérilisation évite complètement le développement des tumeurs mammaires chez les rats bruns et Wistar : 15 à 19 % des femelles rats bruns non-stérilisées et 19 à 42 % des Wistar non-stérilisées ont développé des tumeurs mammaires. À la différence des rats bruns femelles et Wistar stérilisées qui n'ont développé aucune tumeur. La stérilisation réduit radicalement la fréquence des tumeurs chez les femelles Sprague-Dawley : 30 % des femelles Sprague-Dawley non-stérilisées développent des tumeurs, contre 7 % des stérilisées.

Durbin et al. (1966) ont aussi découvert que la stérilisation réduit la fréquence de tumeurs mammaires : 70 à 71,5 % des femelles non-stérilisées ont développé des tumeurs mammaires, mais seulement 6,7 % des femelles stérilisées en ont développé. Les quelques femelles stérilisées ayant développé des tumeurs mammaires les ont eu plus de 6 mois après les rates non-stérilisées : la première tumeur mammaire est apparue à l'âge de 14,5 mois chez les rates non-stérilisées mais est apparue à 21 mois chez les rates stérilisées.

Ainsi, la stérilisation réduit largement la fréquence des tumeurs mammaires et des adénomes hypophysaires chez les rates. Cela n'est pas étonnant : retirer l'organe producteur d'œstrogène réduit la fréquence des tumeurs liées aux œstrogènes.

Stérilisation et taux de survie

La stérilisation semble être associée à un plus haut taux de survie et une plus longue durée de vie. Hotchkiss (1995) a découvert que 89% des rats stérilisés vivent jusqu'à 21 mois, alors que seulement 59% des rats non-stérilisés atteignent cet âge. Cependant, les rats non-stérilisés qui mouraient avant 21 mois ont tendance à ne pas mourir de leurs tumeurs mammaires, étant donné que certains montraient des complications d'adénomes hypophysaires. Ce qui tuait les rates non-stérilisés reste flou. Tous les rats de Hotchkiss ont été sacrifiés à 21 mois nous ne savons donc pas combien de temps ils auraient pu vivre.

Durbin (1966) a découvert que les rates stérilisées vivent jusqu'aux alentours de 2 ans et 10 mois (la moitié a vécu plus longtemps, l'autre moitié est morte avant cet âge), avec un maximum de 3 ans et demi. Cette survie naturelle des rates non-stérilisées est floue, étant donné que les rates de cette étude ont été tuées dès qu'elles ont développé leur première tumeur. La plus vieille rate non-stérilisée a atteint l'âge de 2 ans et 10 mois.

Notons que les études de survie des rates stérilisées comptent seulement les rates survivant d'abord à la stérilisation.

La stérilisation est donc associée à un plus haut taux de survie. Notons que tout cela n'est que taux et moyennes : stériliser une rate ne garantit pas une vie plus longue, cela augmente la probabilité d'une vie plus longue.

Questionnements des propriétaires de rats

Cependant, la décision pour un propriétaire de rat de stériliser ou non n'est pas si simple. Voici quelques exemples des complexités et des risques :

  • Stérilisation par chirurgie vs. chirurgie pour retirer une tumeur mammaire maligne/bénigne


La stérilisation est une opération chirurgicale plus sérieuse que le retrait d'une tumeur mammaire bénigne, car les ovaires se trouvent dans une cavité du corps alors que les tumeurs mammaires se situent juste sous la peau. Une stérilisation par chirurgie est une chirurgie abdominale majeure, alors que le retrait d'une tumeur mammaire bénigne est une procédure relativement légère. Dans l'étude effectuée par Hotchkiss (1995), un rat sur 21 est mort d'une opération de tumeur mammaire, ce qui représente une mortalité de 4,76 %.

Les tumeurs malignes sont plus difficiles à retirer chirurgicalement que les bénignes car les tumeurs malignes sont diffuses et ont des contours peu définis, ce qui rend compliqué le retrait de la totalité de la tumeur.

Toutes les chirurgies comportent des risques liés à l'anesthésie.

Le risque chirurgical pour la stérilisation et les tumeurs malignes et bénignes dépendra de l'expérience de votre vétérinaire. Je n'ai pas encore trouvé de chiffres à propos de la survie à une stérilisation, et de toute façon les vétérinaires différent dans leur expérience et leur réussite en chirurgie sur rat. Il est donc très important de demander à votre vétérinaire quelle expérience il a avec une telle chirurgie et quelles sont les probabilités de résultat.

  • L'âge du rat


Une stérilisation chirurgicale peut être faite très tôt, dès qu'un rat est assez fort et en forme. La chirurgie sur tumeur, cependant, est généralement un problème plus tardif, lorsque le rat est plus faible, ce qui peut rendre le rétablissement plus problématique.

L'exposition aux œstrogènes est cumulative (Russo et Russo 1998), ainsi, un rat stérilisé lorsqu'il est jeune aura moins tendance à développer des tumeurs liées aux œstrogènes qu'un rat stérilisé plus tardivement. Cependant, stériliser plus tardivement peut toujours avoir un effet : stériliser un rat qui a déjà une tumeur liée aux œstrogènes peut entraîner un rétrécissement de cette tumeur (Noble 1977, Young et al. 1963).

  • Récidive des tumeurs mammaires


Les rates peuvent ne pas développer juste une tumeur mammaire à un moment donné : certaines rates développent deux, trois, quatre, voire plus de tumeurs à la fois, surtout aux alentours de leurs deux ans. De telles tumeurs requièrent de multiples incisions et/ou de multiples chirurgies pour être retirées. De plus, une rate qui développe une tumeur mammaire retirée chirurgicalement a un risque de développer d'autres tumeurs plus tard. Dans de telles conditions, le propriétaire doit faire face à la chirurgie encore et encore.

Par exemple, chez Hotckhiss (1995), sur 21 rates qui ont développé des tumeurs, 8 d'entre elles (38 %) en ont développé plus d'une, exigeant de multiples incisions, et 4 (19 %) ont eu des récidives de tumeurs après la première chirurgie, exigeant une seconde chirurgie.

Dans une autre étude, Sollveld et al. (1986) ont découvert que les rates développant des tumeurs développent en moyenne 1 à 1,6 tumeurs chacune (selon la lignée). Le nombre maximum de tumeurs par rate dans cette étude a été de 5.

Ainsi, le propriétaire de rat ne doit pas juste comparer une stérilisation à un possible retrait de tumeur, mais une stérilisation à de possibles multiples retraits de tumeur.

  • Les adénomes hypophysaires sont inopérables


Il n'y a pas de remède une fois qu'un adénome hypophysaire se développe, mais il est possible de ralentir le grossissement de la tumeur pharmacologiquement. Les adénomes hypophysaires peuvent se développer lentement, mais certaines se développent rapidement. Si la tumeur se développe lentement, le rat peut mourir d'autre chose avant : vous pouvez ne jamais savoir qu'il avait un adénome hypophysaire. S'il se développe rapidement, cependant, un adénome hypophysaire peut entraîner des symptômes neurologiques et être mortel.

  • Ce que la stérilisation ne fait pas


La stérilisation n'a pas d'effet sur les tumeurs non-liées aux œstrogènes (ou sur la mycoplasmose, les abcès, etc), ainsi une rate stérilisée a autant de risques que les autres de développer des problèmes de santé.

  • Chirurgie élective vs. chirurgie curative


La stérilisation par chirurgie est élective, effectuée sur un animal en forme, afin de prévenir de possible tumeurs. La chirurgie d'une tumeur est entreprise pour guérir un animal d'une tumeur. La décision "chirurgie élective maintenant" vs. "chirurgie curative plus tard" peut être un difficile problème éthique pour le propriétaire de l'animal.

Certains propriétaires de rats n'aiment pas l'idée de faire subir une chirurgie majeure à un animal qui n'a rien, dans le seul but de prévenir un problème de santé potentiel, incertain et souvent facilement réparable à l'avenir. Pour eux, la prévention est pire que la maladie.

D'autres préfèrent utiliser les techniques à leur disposition pour s'assurer que leurs animaux auront une vie aussi dénuée que possible de tumeurs mammaires et de l'hypophyse. Pour eux, la prévention élective chez un jeune rat en pleine forme est mieux que les risques potentiellement sérieux, récurrents et parfois mortels de problèmes chez un rat plus vieux et plus faible.

Conclusion : stériliser ou ne pas stériliser ?

C'est une roulette russe : d'un côté, le propriétaire de rat stérilise les femelles. Toutes les rates vont subir des chirurgies électives invasives avec les risques associés, et 93,3 à 96 % d'entre elles ne développeront pas de tumeurs plus tard : plus de chirurgie pour elles. 0 à 6,7 % développeront des tumeurs mammaires exigeant plus de chirurgie, bien que ces rates auront tendance à développer leurs tumeurs environ 6 mois après les rates non-stérilisées. 4 % développeront des adénomes hypophysaires malgré tout.

D'un autre côté, le propriétaire de rat ne stérilise pas. Un nombre de femelles vont développer des tumeurs : un nombre entre 17 % et 76 % développeront des tumeurs mammaires, entre 39 % et 66 % développeront des adénomes hypophysaires. Celles qui développent des tumeurs mammaires vont subir une ou plusieurs chirurgies et les risques associés. Celles développant des tumeurs de l'hypophyse montreront ou non des effets neurologiques en mourront peut-être. Les survivantes des rates non-stérilisées ne développent pas de tumeurs et ainsi ne subissent aucune stérilisation ni retrait chirurgical de tumeur mammaire.

Un moyen d'aider à éclairer une conduite est de limiter les probabilités de développer une tumeur mammaire ou de l'hypophyse chez une rate, en se renseignant sur les fréquences de tumeurs dans les générations précédentes. Une rate provenant d'une lignée sujette aux tumeurs est une meilleure candidate à la stérilisation chirurgicale qu'une rate provenant d'une lignée relativement sans tumeur.

Pour conclure, la solution n'est pas évidente. Elle dépend du genre et de la magnitude de risques avec lesquelles chaque propriétaire se sent le plus à l'aise. Il n'y a pas de certitude, juste des probabilités. Il y a de bons arguments de chaque côté : la décision vous appartient.

Cet article est basé sur un sujet de la liste du "Ratlist mailing" du 29 Octobre 2003.