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Rat Behavior and Biology : Rats et souris : quelle différence ?

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Rats et souris : quelle différence ?
(http://www.ratbehavior.org/RatsMice.htm)


Auteur original : Anne Hanson (11 août 2005)
Traduction : Cécile Voisin (25 juin 2011)
Correction : Charlotte Dumartin, Estelle Deyrieux et Laura De Paepe
Retouche d'image : Nastasia Garsia Morais et Mushroom


Sommaire

Que signifient les termes rat et souris ?

Rat et souris ne sont pas vraiment des classifications scientifiques. Ces mots sont des noms courants pour les rongeurs qui se ressemblent pour l’œil non-initié.

Rat est utilisé pour décrire des rongeurs de tailles moyennes pourvus de longues queues fines. Il y a plusieurs espèces de rongeurs qui sont appelées rats (rats-kangourous, rats du coton, rats bruns, rats noirs, rats de Gambie, neotomas[1], rats polynésiens, et beaucoup d'autres. Ces différentes espèces de rongeurs peuvent ne pas du tout être liées entre elles !

Souris est utilisé pour décrire des rongeurs minuscules de la taille d'un moineau dotés de longues queues fines. Comme pour les rats, il y plusieurs espèces de rongeurs appelés souris qui peuvent ou non être liés entre elles : souris grises, souris agraires, souris sylvestres, fausses souris, souris épineuses, et muscardins[2] sont toutes appelées souris.

Ainsi, de quels rats et souris parlez vous ? Généralement, les gens font références aux rats et souris domestiques ou nuisibles, c'est à dire aux rats bruns (Rattus norvegicus), aux rats noirs (Rattus rattus), et aux souris grises (Mus musculus).

Différences entre les rats bruns et les souris grises

Les rats bruns et les souris grises appartiennent à différentes espèces. Une espèce est un groupe d'individus ou de populations liés qui sont potentiellement capables de se reproduire et d'engendrer une progéniture fertile. Ainsi, les rats bruns et les souris grises appartiennent à différentes espèces et ne peuvent pas se reproduire. Les êtres humains et les orang-outans, les tamias et les écureuils roux, les dauphins à long bec et les orques, appartiennent tous à des espèces différentes.

Les rats bruns et les souris grises sont cependant liés. Ils descendent d'un ancêtre commun qui vivait il y a des millions d'années (le fait de savoir il y a combien d'années fait actuellement débat, avec des estimations allant de 8 à 41 millions d'années). Cette estimation sera sûrement plus précise avec le temps. Les descendants de cet ancêtre commun divergent en différentes espèces, parmi lesquelles se trouvent les rats bruns et les souris grises.

Les rats bruns et les souris grises ont plusieurs différences génétiques, reproductives, de développement, morphologiques et anatomiques. La liste ci-dessous n'est pas exhaustive, mais pour ceux s'intéressant un peu au sujet elle devrait vous aider à débuter :

  • Différences génétiques : Les rats bruns ont 22 paires de chromosomes, les souris grises en ont 20 (voir Levan 1991). Les rats bruns ont 2,75 millions de paires de base alors que les souris en ont 2,6 millions (les êtres humains en ont 2,9). Environ 90 % des gènes des rats ont un homologue dans les génomes des souris et des êtres humains (Rat Genome Sequencing Consortium 2004). Voir Burt et al. 1999, Grutzner et al. 1999, et Watanabe et al. 1999 pour en savoir plus.


  • Différences de croissance : En général, les rats bruns se développent plus lentement que les souris grises. Par exemple, la gestation chez la rate est légèrement plus longue (21 à 24 jours) que chez la souris grise (19 à 20 jours). Les rates produisent du lait pendant environ 3 semaines, les souris grises pendant 2 semaines. Les deux espèces naissent nues et aveugles, mais les rats bruns ouvrent leurs yeux à l'âge de 6 jours, ils ont tous leurs poils à 15 jours. Les souris grises ouvrent leurs yeux à 3 jours, elles ont leurs poils à 10 jours (etc.).


  • Différences anatomiques : Les rates ont 6 paires de mamelles, les souris grises en ont 5.


  • Différences morphologiques : Les rats bruns sont plus larges, plus lourds et plus longs que les souris grises (rat brun : 350-650 grammes, corps de 9 à 11 pouces[3] et queues de 7 à 9 pouces[4] ; souris grise : 30 à 90 grammes, corps de 3 à 4 pouces[5] et queues de 3 à 4 pouces[5]). En corrélation avec cette taille plus large, des parties du corps du rat brun sont plus larges que celles de la souris grise (les rats ont des oreilles et des pattes plus larges, etc.). Les têtes des rats bruns sont grosses, biseautés et joufflues, celles des souris grises sont petites et nettement triangulaires avec des museaux pointus. Notez, cependant, que les rats bruns ont des oreilles plus petites proportionnellement à leurs têtes que les souris grises.


  • Différences de signes : En raison de leur corps plus large, les excréments des rats sont plus gros que ceux des souris (voir aussi les différences de signes entre rats et souris dans une perspective de lutte anti-nuisibles).

Comment puis-je différencier les rats des souris ?

Rats et souris adultes

Les souris adultes sont plus petites que les rats adultes (Fig. 1). Les souris adultes pèsent environ 30 grammes, et les souris de compagnie pèsent environ 50 grammes. Les souris adultes ont des corps faisant 3 à 4 pouces[5] de long, avec des queues de 3 à 4 pouces[5].

Les rats adultes sont bien plus lourds et longs : ils peuvent peser dix fois plus, atteignant entre 350 et 450 grammes pour les femelles et entre 450 et 650 pour les mâles (avec une fourchette globale de 200 à 800 grammes. Ils ont des corps de 9 à 11 pouces[3] de long et des queues de 7 à 9 pouces[4] (ref).

Jeunes rats et souris adultes

Les jeunes ratons sevrés sont toujours plus grands que des souris adultes, pesant aux alentours de 100 grammes à l'âge de six semaines. Cependant, pour l'observateur non-initié, les très jeunes rats et les souris adultes peuvent être difficiles à différencier.

Voici ce qu'il faut regarder : les ratons auront des proportions plus juvéniles que les rongeurs adultes. Leurs têtes et pieds seront larges par rapport à leurs corps, leurs visages seront biseautés et courts et leurs nez serontt larges. Les souris adultes, par contre, auront des proportions d'adulte : une petite tête triangulaire avec un petit nez et des petits pieds par rapport à leur corps. De plus, les oreilles des souris sont très larges par rapport à leurs têtes, les oreilles des rats sont plus petites proportionnellement à leurs têtes. Les rats ont aussi des queues plus épaisses que les souris.

Caractéristique Bébé rat Souris adulte
Tête large, courte, large par rapport au corps petite, triangulaire, petite par rapport au corps
Museau large et biseauté avec un large museau étroit avec un museau pointu
Oreilles les oreilles sont petites proportionnellement au corps les oreilles sont grandes proportionnellement au corps
Queue épaisse fine
Ratio corps/queue queue plus courte que le corps queue de la même longueur ou plus longue que le corps
Pieds larges proportionnellement au corps, surtout les pieds arrières petits proportionnellement au corps
Poids autour de 100 g à 6 semaines, 200 g à 8 semaines 30 à 50 grammes

Quiz : rat ou souris ?

Faites ce quiz pour tester votre capacité à différencier les photos des rats et souris.

Histoire et évolution du rat brun et de la souris grise

Ancêtre commun du rat brun et de la souris grise

Les vrais rongeurs apparaissent dans les enregistrements fossiles à la fin du Paléocène et au début de l’Éocène en Asie et en Amérique du Nord, il y a environ 54 millions d'années. On pense qu'ils viennent d'Asie (Meng et al. 1994). Ces rongeurs originels descendaient eux-même d'ancêtres ressemblant à des rongeurs appelés anagalides, qui ont aussi donné naissance aux lagomorphes, le groupe des lapins.

Les muridés (Muridae), la famille ayant donné naissance aux rats bruns actuels, aux souris grises, aux hamsters, aux campagnols, et aux gerbilles, sont apparus pour la première fois à la fin de l’Éocène (il y a environ 24 millions d'années). Les muridés modernes ont évolué vers le Miocène (il y a entre 23,8 et 5 millions d'années) et ont rayonné lors du Pliocène (il y a de 5,3 à 1,8 millions d'années) (pour en savoir plus, voir Introduction au Rodentia).

Le rat brun et la souris grise ont un ancêtre rongeur murin commun. L'époque à laquelle cet ancêtre vivait est cependant sujet à des débats. L'enregistrement fossile indique que l'ancêtre commun le plus récent des rats bruns et des souris grises vivait il y a environ 8 à 14 millions d'années (Jacobs et Pilbeam, 1980). Cependant, les généticiens estiment que leur ancêtre commun le plus récent vivait il y a environ 41 millions d'années (Kumar et Hedges, 1998).

Résumé de l'histoire de la souris grise

Les ancêtres de la souris grise (Mus musculus) vivaient dans les steppes de l'actuel Pakistan. Il y a dix-mille ans, à la fin de la dernière période glaciaire, les fermiers néolithiques ont migré du Croissant Fertile vers les steppes du Pakistan, et ces petits rongeurs ont découvert une nouvelle source délectable de nourriture et d'abris.

Quand les êtres humains sont partis des steppes pour coloniser les autres régions, les souris ont suivi clandestinement les carrioles humaines et ensuite leurs bateaux. Les souris grises ont découvert le nouveau monde au XVI siècle, arrivant avec les explorateurs et les colons. Les souris sont allées partout avec les êtres humains, vivant dans et autour de leurs maisons, une association dépendante des êtres humains appelée commensalisme. Aujourd'hui, les souris grises commensales vivent dans et autour des habitations humaines sur tous les continents, dans tous les climats.

Aujourd'hui, les souris grises commensales sont divisées en quatre sous-espèces : Les M. musculus bactrianus sont les descendantes de la première rencontre ancestrale originelle de souris grises par nos ancêtres néolithiques. Elles vivent en Inde, au Pakistan et en Afghanistan. Les M. musculus castaneus vivent en Asie du sud, les M. musculus musculus vivent en Russie et dans l'ouest de la Chine, et les M. musculus domesticus vivent en Europe, d'où elles ont voyagé vers les Amériques, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et l'Afrique avec les colons.

Domestication : les souris domestiques proviennent de stocks capturés en Chine, au Japon et en Europe ayant été développés en souris de compagnie. Ces souris domestiques se trouvaient dans des animaleries au 20ème siècle, et étaient développées dans des lignées de souris de laboratoire. Les souris domestiques descendent des M. musculus domesticus, avec un petit mélange de trois autres sous-espèces. En tant que tel, les souris domestiques ne représentent pas l'une des sous-espèces mais un mélange des quatre (1995).

Résumé de l'histoire du rat brun et du rat noir

Voir l'article séparé, Histoire du rat brun.

Des hybrides rat-souris sont-ils possibles ?

Voir articles séparés, des hybrides rat-souris sont-ils possibles ? et la page hybridation.

Le comportement de meurtre de souris chez les rats : muricide

Les rats peuvent tuer des souris, comportement connu sous le nom de muricide. Le muricide est une forme de comportement prédateur : les rats chassent, tuent et mangent les souris.

Quelle est la fréquence du muricide ?

Karli (1956) a découvert qu'environ 70 % des rats sauvages et 12 % des rats domestiques de laboratoire tuent des souris. Les rats et les rates sont autant susceptibles les uns que les autres de tuer des souris. De même, Galef (1970) a découvert que 67 % à 77 % des rats sauvages nés en captivité tuent des souris.

Description du muricide

Le muricide est un comportement stéréotypé, majoritairement réalisé de la même manière à chaque fois : le rat poursuit la souris autour de la cage et la mord en utilisant ses incisives pointues, généralement sur la tête, le cou ou le haut du dos de la souris. La première morsure est souvent fatale, mais la souris peut retarder l'attaque du rat en se défendant (en se dressant et en boxant avec ses pattes avant ou en se mettant sur le dos). Cependant, le rat finit par délivrer une morsure fatale. Le comportement de muricide est très rapide, durant seulement quelques secondes (Hsuchou et al. 2002).

La zone de préférence pour la morsure est le dos : sur 671 souris tuées par des rats, 89 % étaient mordues à la moelle épinière (plus précisément : 65 % au cou, 13 % au thorax, 11 % aux lombaires). Seulement 7 % étaient mordues sur le ventre et 4 % étaient mordues sur la tête (Karli 1956).

Est-ce que les rats mangent les souris qu'ils tuent ?

Karli (1956) a découvert que tous les rats (sauvages ou domestiques) tuant des souris consommaient une partie de celles-ci. Plus précisément, sur 683 souris tuées par des rats, après 7 heures 25 % des souris étaient entièrement éviscérées (cerveau, thorax, et viscères abdominales), 67 % étaient partiellement éviscérées, et seulement 8 % n'ont pas été mangées.

Les rats sauvages avaient tendance à commencer par manger la souris à l'endroit où ils l'avaient mordue, qui est en général le cou. Ils ouvraient petit à petit le thorax et consommaient les viscères thoraciques, puis continuaient par le foie. En revanche, les rats domestiques allaient directement vers le cerveau, ouvrant le crâne consommant tout ou une partie du cerveau, peu importe la méthode qu'ils avaient utilisé (Karli 1956).

Influences exogènes et endogènes

Le muricide est un comportement complexe impliquant plusieurs systèmes de neurotransmetteurs (Miachon et al. 1997, Onodera et al. 1981, Tadano et al. 1997, Ueda et al. 1999, Vergnes et Kempf 1982, Yamamoto et al. 1982), systèmes neuraux (Hull et Homan 1975, Spector et al. 1972), et systèmes hormonaux (Miachon et al. 199, Rastegar et al. 1993).

Le muricide est aussi dépendant de l'élevage (Garbanati et al. 1983), des conditions environnementales (Garbanti et al. 1983, Giammanco et al. 1990), des conditions sociales (Eisenstein et Terwilliger 1984), de l'alimentation (Bac et al. 2002, Onodera et al. 1981), de l'apprentissage (Tingstrom et Thorne 1978). Les rats sont plus à même de tuer des souris la nuit que le jour (Russel et Singer 1983).

Le muricide est aussi dépendant de la faim : les rats tuent plus de souris quand ils ont faim (Malik 1975) et aux heures où ils sont habitués à manger (Russel et al. 1985). Les rats peuvent commencer à tuer des souris lorsqu'ils sont affamés, mais arrêtent lorsqu'ils sont rassasiés (Karli 1956).

La familiarité avec les souris joue aussi un rôle : les rats élevés avec des souris ont tendance à ne pas tuer de souris à l'âge adulte. Plus précisément, Galef (1970) a découvert que 67 % à 77 % de rats sauvages nés en captivité tuaient des souris. Cependant, si des rats sauvages nés en captivité sont élevés avec une souris de leur sevrage jusqu'à l'âge de 3 mois, aucun d'entre eux ne tue de souris avec lesquels ils sont familiers. Lorsqu'on leur présente une souris non-familière, seulement 7 % des rat élevés avec une souris la tuent.

Réponse des souris aux rats

L'odeur de rat est stressante pour les souris et a un effet sur leur comportement et leur reproduction. En fait, l'odeur de rat est parfois utilisée comme odeur prédatrice pour étudier l'anxiété et le comportement anti-prédateur des souris.

Plus précisément, les souris domestiques et sauvages étant exposées à un rat conscient ou anesthésié ont tendance à fuir, et si on les empêche de fuir, elles présentent un comportement d'attaque ou de défense (Griebel et al. 1995, Blanchard et al. 1998).

Des souris hébergées dans la même pièce que des rats ont tendance à être plus stressées que des souris hébergées sans rats (Calvo-Torrent et al. 1999). Les souris qui peuvent sentir l'urine d'un rat mettent deux fois plus de temps à commencer à manger une friandise que les souris qui ne le peuvent pas (Merali et al 2003). Les souris ayant été exposées à l'urine d'un rat pendant seulement quelques minutes sont plus effrayées ensuite, jusqu'à deux jours après exposition à l'urine (Hebb et al. 2003). Les souris gestantes exposées à l'urine d'un rat engendrent de plus petites portées que les souris n'y ayant pas été exposées (de Catanzaro 1988).




Notes de traduction

  1. de l'anglais wood rats ou pack rats
  2. de l'anglais dormice
  3. 3,0 et 3,1 environ 22 à 28 centimètres
  4. 4,0 et 4,1 environ 17 à 22 centimètres
  5. 5,0, 5,1, 5,2 et 5,3 environ 7 à 10 centimètres