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Rat Behavior and Biology : Répertoire des comportements du rat brun

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Répertoire des comportements du rat brun
(http://www.ratbehavior.org/norway_rat_ethogram.htm)


Une description non-officielle du comportement du rat


Auteur original : Anne Hanson (10 juin 2008)
Traduction : Cécile Voisin (10 décembre 2011)
Correction : Charlotte Dumartin, Estelle Deyrieux et Laura De Paepe


Sommaire

LES ACTEURS

Les rats ayant effectué la plupart de ces comportements devant moi sont mes trois rats mâles : Cricket, Widget et Snip. Sur cette photo ils ont 7 mois :

Rb SnipWidgetCricketHammock.jpg

Pour les différencier :

  • Snip est le hooded noir (blanc avec une tête noire et une ligne noire brisée sur le dos).
  • Cricket est le berkshire noir (noir avec un ventre blanc), avec une ligne blanche sur le front et des poils lisses.
  • Widget est lui aussi berkshire noir mais il a les poils rex. Le marquage sur sa tête est aussi différent de celui de Cricket car Widget a son front tout noir et une tache blanche sur le côté gauche de son museau. Widget a aussi une légère inclinaison de la tête qui ne l'embête pas mais fait pencher sa tête un peu vers la droite.

COMPORTEMENT SOCIAL

Comportement agonistique

Une note rapide : "comportement agonistique" fait référence à l'ensemble des comportements d'agressivité, d'apaisement et de fuite qui se produisent entre les membres d'une même espèce. Comportement agonistique est un terme plus large qu' "agressivité", qui fait référence aux modes de comportement qui servent à intimider ou nuire à quelqu'un d'autre. (pour en savoir plus, voir McFarland, 1982)

Pour un article plus détaillé sur ce sujet, voir Agressivité chez les rats bruns.

Comportement agonistique social

Les rats sont des animaux sociaux, et ils établissent et maintiennent une simple hiérarchie de domination à travers un comportement agonistique social. De telles hiérarchies consistent généralement en un individu dominant et plusieurs dominés.

La plupart des comportements agonistiques sociaux chez les rats s'observent chez les mâles, mais cela peut aussi arriver entre des femelles. Dans le cas des mâles, l'agressivité sociale augmente vers l'âge de 6 mois.

Séquences de comportement agonistique

Les comportements agonistiques sont liés entre eux par des séquences qui varient en intensité et en durée. L'affrontement le moins intense est la poursuite. À mesure que l'intensité augmente, vous pourrez voir des temps d'arrêt et des contacts physiques comme des coups et des démarches en crabe. Ces rencontres physiques peuvent aboutir à de très rares occasions à des combats.

Le "but" immédiat de la plupart des comportements offensifs pour un rat est de mordre la croupe de l'autre rat, alors que le rôle du rat en position défensive est d'empêcher cette morsure.

Le toilettage agressif de cou est une forme de comportement agonistique. Ce toilettage consiste en de petits mordillements rapides pendant lequel le toiletteur saisit des plis de peau entre ses dents (Miczek et Boer 2004). Le rat toiletté reste immobile et peut pépier ou couiner doucement. Le moindre mouvement du rat toiletté peut déclencher une morsure ou un coup du toiletteur.

Beaucoup d'interactions agonistiques consistent en un rat poursuivant un autre pendant quelques secondes. Le rat chassé fuit, ou bien prend de la distance ou encore se cache, et parfois celui qui poursuit se désiste. Si celui qui poursuit rattrape l'autre, il peut pincer ou mordre sa croupe et peut tenter de le pousser à l'affrontement. Parfois, celui qui poursuit peut monter l'autre. Le rat agressif peut aussi faire à l'autre un toilettage agressif du cou.

Si le rat chassé ne bouge pas, chasseur et chassé peuvent s'affronter. Un rat poursuivi peut se retourner pour faire face à son poursuivant, entamant un museau à museau. Le rat défenseur peut ouvrir la bouche, dents apparentes, en poussant de longs couinements et parfois des sifflements. Parfois, les queues des deux rats se tortillent sur le sol et leurs fourrures se hérissent. Souvent l'affrontement ne va pas plus loin et l'un des rats (souvent le chassé) fuit.

Si aucun des rats ne fuit, l'affrontement peut s'intensifier avec des contacts physiques. Les rats peuvent se boxer et/ou marcher en crabe, et si le rat qui marche ainsi se retrouve très près il peut pousser ou donner un coup de patte arrière. Le rat dominé, surtout s'il est jeune ou si les rats sont confinés dans une cage, peut rouler sur le dos. J'ai pu remarquer en observant mes rats que la plupart des quelques affrontements qui en arrivent à ce point se finissent là, avec la fuite du rat poursuivi. Après la fuite, une autre séquence peut se produire, et en de rares occasions des enchaînements de poursuites, marches en crabe et fuites ont duré durant des dizaines de minutes ou même une heure ou plus (ces périodes de tension sont celles que je nomme "les saccages de Widget")

Un dérivé de la séquence de marche en crabe s'observe sur les rebords comme des étagères ou des hamacs. Sur des rebords, le rat marchant en crabe pour se déplacer vers l'autre côté. Cela peut être un processus très lent, avec le rat marchant en crabe qui se déplace de quelques millimètres à la fois, avec de longues pauses où personne ne bouge. Si le second rat ne saute pas du rebord lui même, il sera poussé. Parfois, le poursuivant suivra le second rat autour de la cage, le poussant rebord après rebord. Si le second rat résiste, l'affrontement peut s'intensifier.

Très rarement, le contact physique peut aboutir à un combat. En de rares occasions, l'affrontement dépasse le stade de marche en crabe et coups, et les deux rats se retrouvent à se battre en boule, et le rat attaquant peut mordre le flanc ou la croupe de l'autre. Ces combats sont généralement brefs (ne durant que quelques secondes) et finissent avec un rat qui fuit, se cache et reste silencieux et dominé pendant un moment (une heure ou plus)

Pour en savoir plus sur l'agressivité des rats, référez vous à Blanchard et al. 1975, Blanchard et Blanchard 1977, Blanchard et al. 1977.

Observations des comportements agonistiques sur mes propres rats

Leur première année : Widget est apparu comme étant le dominant de la cage. L'agressivité de Widget était principalement dirigée contre Snip, et les poursuites étaient courantes. En général, pendant une poursuite, Snip se retirait dans sa cage qui n'a qu'une porte sur le toit. La plupart du temps, Widget arrêtait sa course avant de grimper sur les murs de la cage (avec sa tête penchée, Widget n'est pas un grimpeur aussi agile que Snip). Si Widget le poursuivait en dehors de la cage, Snip avait ses cachettes préférées dans la pièce. Sa première cachette était le haut de l'ordinateur qui était posé sur le sol. Un jour, Widget a entrepris de grimper à l'ordinateur et en a poussé Snip. Les deux rats sont tombés en se battant sur le sol. Ils se sont séparés lors de l'impact et aucun n'a été blessé, mais Snip n'est plus jamais remonté sur l'ordinateur, son lieu sécuritaire avait été violé. Il a donc choisi ma chaise de bureau en tant que nouvelle cachette et il restait en haut là où Widget ne pouvait pas l'attraper.

Néanmoins, parfois Snip semble chercher Widget pour déclencher un affrontement. À au moins deux occasions, les « saccages de Widget » se sont estompés, et Snip s'est avéré tout faire pour prolonger le conflit. Snip a empêché Widget de sortir de leur petite maison, l'a affronté dans d'autres endroits de la cage, puis l'a collé. Néanmoins, Snip n'a utilisé aucune technique de domination. Pas de marche en crabe ni de morsure de croupe. Par contre, les actes de Snip ont déclenché un museau à museau, et des affrontements de pattes, durant lesquels Snip pinçait le museau de Widget. Parfois, Snip poussait Widget avec une patte avant pendant qu'ils se boxaient, et il nettoyait et mordillait le ventre de Widget, alors que ce dernier poussait des courts couinements. Après quinze minutes, Widget s'est remis sur l'offensive, chassant Snip autour de la cage et l'a coincé. Snip a émis des couinements, des ultrasons à 20 kHz (à peine audibles), il a sifflé, et les deux rats ont claqué des dents, puis Widget a attaqué et mordu Snip. L'utilisation de techniques défensives par Snip dans ces affrontements avec Widget n'est pas due au fait que Snip ne connaisse pas les techniques offensives. J'ai vu Snip utiliser des techniques offensives contre Cricket de nombreuses fois. Snip chasse, et frappe Cricket... il ne l'a simplement jamais fait avec Widget.

Durant cette première année, Widget a mordu Snip deux fois : à l'âge de 4 mois et demi il a mordu sa croupe, et à l'âge de 7 mois il l'a mordu sur un flanc. Les deux blessures se sont soignées sans soucis. J'ai noté que ce genre de morsure avaient tendance à arriver quand Snip était coincé et ne pouvait pas échapper à Widget (par exemple dans une petite maison). J'ai réagi en enlevant les endroits où un rat pourrait se retrouver coincé : j'ai découpé 4 trous dans chaque maison afin qu'un rat puisse s'échapper par n'importe quel coin, et j'ai pendu un hamac sous l'étage supérieur pour qu'un rat coincé puisse toujours en descendre pour se mettre en sécurité. Widget a continué à poursuivre Snip, mais Snip n'a presque plus jamais été coincé.

À un an et au-delà : Alors que les rats approchaient de l'âge d'un an, ces affrontements agressifs croissaient, surtout entre Widget et Snip. J'ai entendu des couinements de détresse et ai pu observer des coups et des démarches en crabe presque quotidiennement. Durant les sorties, Widget poursuivait tellement Snip et Cricket qu'ils passaient tout leur temps cachés dans la cage alors que Widget se promenait partout.

A 11 mois et demi, les choses ont atteint leur point critique. Widget a mordu Cricket au scrotum, faisant une entaille de 3cm. Alors que Cricket récupérait dans une autre cage, Widget a mordu Snip deux fois aux pattes arrières jusqu'au sang, et pour se défendre Snip a mordu la tête de Widget, juste sous l'œil. Suite à cette morsure, j'ai définitivement séparé Widget des deux autres rats. Il vit maintenant dans une cage séparée, à côté de la leur. Snip et Cricket s'entendent bien, avec parfois de légères agressions ; ils ne se sont jamais mordus.

Maintenant, Widget peut sortir quand les deux autres rats sont rentrés. Snip et Cricket, au lieu de se cacher dans la cage, passent maintenant leurs sorties à explorer et courir.

Chose intéressante, lors des sorties du mois suivant la séparation de Widget, Widget et Snip faisaient encore du museau-à-museau à travers les barreaux de la cage (Widget cherchait Snip, Snip cherchait Widget). Snip couinait de manière pathétique et sifflait souvent. Parfois, ils se bondissaient dessus, mais ne pouvait pas se toucher à cause des barreaux de la cage (pour voir des images de ces altercations à travers les barreaux, regarder les photos sous sifflement).

Snip est devenu le rat dominant. Il poursuivait Cricket et parfois marchait en crabe et lui donnait des coups. Mais ces affrontements étaient rares, brefs et peu intenses. Cricket émettait parfois de petits couinements mais semblait rarement perturbé.

Snip et Cricket se sont battus une seule fois depuis la séparation de Widget, quand Widget a eu un museau-à-museau avec Snip à travers les barreaux de la cage. Snip a stressé, ses poils se sont hérissés et il a couiné pendant plusieurs minutes. Snip s'est ensuite retourné et a mordu et attaqué Cricket. Personne n'a été blessé, mais après cet incident j'ai placé les deux cages à distance, les surélevant d'environ 30cm, rendant ainsi les affrontements entre barreaux impossibles. Il n'y a plus eu d'affrontement ou de bagarre depuis.

Agressivité maternelle

Une catégorie différente d'agressivité chez les rats est l'agressivité maternelle, durant laquelle une rate gestante ou allaitante attaque les intrus (autres rats, humains, ou autres animaux).

L'agressivité maternelle peut inclure un mouvement agressif vers l'avant, souvent dirigé vers le cou ou le dos d'un rat intrus. La mère peut aussi mordre, marcher en crabe et frapper (coup de patte arrière vers l'intrus durant une marche en crabe). Les intrus réagissent généralement avec un museau-à-museau ou une posture ventre à l'air (Erskine et al. 1978). Les mères peuvent aussi essayer de trainer l'intrus par le cou ou le flanc (Price et Belanger 1977).

L'agressivité maternelle est présente mais se produit relativement rarement à la fin de la gestation, et augmente après la naissance de la portée. L'agressivité maternelle atteint son point culminant durant le 9ème jour d'allaitement. En ce 9ème jour, le plus haut pourcentage de femelles attaque et mord les intrus, avec la plus basse hésitation. Après ce jour, l'agressivité maternelle diminue (Erskine et al. 1978).

La présence de la portée joue un rôle dans le déclenchement de l'agressivité maternelle : si la portée est enlevée, l'agressivité de la rate diminue. Quatre heures après avoir enlevé la portée, l'agressivité de la rate retombe à un niveau presque normal (Erskine et al. 1978).

L'agressivité maternelle peut décourager les autres animaux d'approcher et de faire du mal à sa progéniture (comme des rats pouvant commettre un infanticide).

Jeu-combat

Pour moi, en tant que propriétaire de rat, les jeux des jeunes rats incluent beaucoup de poursuites, de fuites, de retournements, de sauts les uns sur les autres et, alors qu'ils grandissent, de coups et de démarches en crabe. Ils ne me semblaient pas suivre un modèle à mes yeux d'observateur ordinaire, avec ces trois rats jouant tous ensemble avec toutes les combinaisons possibles. Avec le temps, néanmoins, un rat (Widget) s'est avéré être plus souvent au dessus des autres. Alors que les rats grandissaient, ils ont commencé à se battre sérieusement, utilisant certaines techniques identiques, aussi bien que des coups, des démarches en crabe, des mordillements et des morsures.

Je me suis intéressée aux rats après que mes rats aient arrêté de faire beaucoup de jeux-combats, et j'ai donc fait des recherches à la bibliothèque pour voir ce que je pouvais y trouver. Il y a une tonne d'information là-bas sur les jeux des rats ! Voici ce que j'y ai trouvé :

Les jeunes rats jouent beaucoup entre eux : ils se poursuivent, fuient, se retournent, se boxent, sautent les uns sur les autres et bondissent autour de la cage. En fait, ils utilisent beaucoup des séquences comportementales que nous avons vu dans les confrontations agonistiques

Les jeux-combats des rats sont différents des combats d'adultes, et les deux ciblent des zones différentes du corps et peuvent utiliser différentes techniques. Le jeu-combat induit attaque et défense de la nuque, alors que les combats sérieux induisent attaque (avec intention de mordre) et défense de la croupe.


Pellis and Pellis. 1987. ref


Les adultes jeunes et dominés se défendent contre les attaques du cou (parmi d'autres) en se roulant sur le dos et en restant allongés ce qui cache le cou et la croupe aux attaquants. L'attaquant peut monter sur le rat et mordiller le côté du ventre (toilettage de ventre) en essayant d'atteindre le cou. Le rat bloqué peut pépier et couiner.

La hiérarchie de dominance adulte peut être prédite par les jeux-combats juvéniles : assez étrangement, celui qui est l'attaquant devient souvent le dominé après maturité sexuelle. Ce renversement est dû au fait que celui qui attaque le moins souvent s'améliore en défense et en contre-attaque, c'est à dire, à passer de la position allongée sur le dos au pivotage avant quand il est attaqué.

Le jeu-combat est utile dans une fonction de maintenance sociale chez les ratons et les rats adultes. Les dominés ont des contacts plus joueurs avec les rats dominants qu'avec les autres.

Diriger ce genre d'attaques-jeux vers le rat dominant peut amener ce dernier à tolérer la présence des dominés. En tant qu'adulte, le rat dominant à tendance à échapper à ces confrontations avec des techniques défensives adultes (pivotage avant).

Les rats dominés, lorsqu'ils sont attaqués par jeu par le rat dominant, roulent et prennent la posture défensive juvénile (le rat sur le dos est la plupart du temps un dominé, mais j'ai parfois aussi vu un rat dominant sur le dos sous un rat dominé). Le rat allongé peut tenter de se relever et être ramené au sol à nouveau. Ces confrontations finissent généralement quand le rat du dessus se désiste et le rat allongé revient sur ses pattes. Généralement la confrontation ne va pas plus loin et le rat qui était au sol ne fuit pas une fois debout. A une occasion, néanmoins, j'ai vu un toilettage de ventre tourner en combat, lorsque les deux rats étaient confinés dans une petite cage.

Tous les dominés ne sont pas pareils. Certains engagent des contacts de jeu avec le dominant, et en retour ont tendance à être tolérés par lui. D'autres évitent le dominant et sont plus fréquemment attaqués par lui quand ils se rencontrent. Ceux qui évitent sont plus à même d'arriver à la position dominante si le rat dominant n'est plus là.

Pour ceux que ça intéresse, voici une description plus détaillée des jeux des rats. Et pour en savoir plus sur les jeux des animaux en général, regardez Burghardt 1999.

  • Barnett 1975
  • Blanchard et Blanchard 1977, 1990
  • Panksepp, Jaak 1981
  • Pellis et Pellis 1987, 1991, 1992
  • Pellis, Pellis, et McKenna 1993

Allo-toilettage

(L'allo-toilettage est le toilettage d'un autre individu, par opposition à l'auto-toilettage qui est le toilettage de soi-même.)

Les rats se nettoient entre eux dans de nombreuses situations. Les mordillements et les frôlements de museau dirigés vers le cou peuvent être la phase d'amorce de jeux-combats, et le rat mordillé peut se soumettre au toilettage ou protester en pépiant et en couinant et peut s'écarter. Parfois, pour protéger son cou et sa croupe, un rat peut rouler sur le dos, exposant son ventre au toilettage.

Le toilettage de la tête et du corps, surtout quand il est dirigé vers les yeux et la bouche, pourrait avoir une fonction pour la santé, étant donné que le rat lavé ne peut pas atteindre ces zones avec sa langue et ses dents. La toilettage de la tête et du corps est un comportement social amical qui maintient un lien entre les membres d'un groupe (qui est aussi une fonction de jeu-combat), et peut aider à propager une odeur commune. Cela peut permettre une recherche olfactive du sébum de la surface dorsale du rat. Parfois le rat toiletté proteste en pépiant et en couinant.

Chez mes propres rats, j'ai remarqué plus de toilettages de la tête et du corps entre mes deux dominés Snip et Cricket. Plus rarement, j'ai vu ces toilettages entre l'un deux et le rat dominant, Widget.

Communication

Communication vocale

Les sons audibles : Les rats produisent diverses vocalisations audibles, allant du petit pépiement et couinement au hurlement perçant. Beaucoup de ces vocalisations, telles que les pépiements et les petits couinements et leurs variantes, se produisent pendant de légères interactions sociales comme le jeu-combat ou le toilettage de tête. Des pépiements et couinements plus audibles indiquent une protestation. De longs couinements semblent indiquer une protestation plus importante, et les sifflements se produisent durant des conflits plus intenses. Les rats hurlent pendant les combats lorsqu'ils souffrent ou pour indiquer une forte protestation.

Les rats grincent aussi des incisives d'une manière douce et rythmée, appelée bruxisme. Le mouvement est causé par les muscles des mâchoires qui soulèvent la mâchoire rapidement et de manière répétitive en faisant grincer les incisives. Durant les bruxismes intenses, le muscle masséter, qui traverse l'orbite du rat, peut faire vibrer l'œil d'avant en arrière en même temps que les mâchoires, un phénomène connu sous le nom d'"œil exorbité". L'activité musculaire du bruxisme est différente de celle que l'on peut observer dans une mastication, et peut impliquer un schéma neural différent (Byrd 1997).

Les rats peuvent grincer des dents pour affûter leurs incisives, c'est le thégosis (Murray and Sanson 1998). Les incisives des rats grandissent tout au long de leur vie, et ils les taillent en rongeant et en utilisant le bruxisme. Le rat grince aussi des dents pendant les périodes de relaxation, pendant que le rat est seul ou parfois quand il est doucement caressé. Les rats grincent aussi des dents en période de stress ou d'incertitude (Rosales et al. 2002, Photo 1979). Le bruxisme pendant des situations stressantes, tels que des interactions sociales tendues, est souvent appelé "gazouillis". Le gazouillis peut être plus bruyant que le bruxisme et peut contenir plus de sons de craquements puissants. Cependant, il n'est pas certain que le bruxisme et le gazouillis soient des sons distincts, ou qu'ils soient le même son exprimé dans des contextes différents. Une analyse spectrale aiderait à répondre à cette question.

Pour en lire plus à propos du bruxisme et écouter des extraits de bruxisme, rendez vous sur la Page des Vocalisations du Rat Brun.

Vocalisations ultrasoniques : Les rats émettent aussi de nombreuses vocalisations de l'ordre des ultrasons, au-delà de notre niveau d'écoute (> 20 kHz). Les vocalisations ultrasoniques incluent les appels de détresse des ratons (aux alentours de 30 à 50 kHz), les longs appels de détresse (aux alentours de 20 kHz), et les pépiements suraigus courts et positifs (aux alentours de 50 kHz). Ces longs pépiements suraigus ont généré beaucoup d'intérêt : voici un article sur "les rires des rats" ainsi qu'un article sommaire écrit par des chercheurs. Nous ne pouvons pas entendre ces sons, mais ils peuvent être enregistrés et rejoués à notre niveau d'écoute en utilisant un détecteur à chauve-souris. Pour en savoir plus, voir le Projet de Détecteur de Rat par Bclee.

Vingt kHz est la grande limite de notre capacité à entendre. Durant un museau-à-museau tendu entre Widget et Snip, je me suis baissée près d'eux et j'ai entendu une série à peine audible de couinements suraigus qui auraient pu être de longs appels de détresse. J'ai été étonnée, les rats étaient parfaitement calmes et ils donnaient l'impression que rien n'était arrivé, mais en réalité un énorme déluge de communication était en train de se produire et je pouvais presque le détecter.

Un mois plus tard, j'ai enregistré des couinements lorsque Widget et Snip se boxaient et faisaient du museau-à-museau dans la cage. La rencontre s'est intensifiée, Snip a émis de longs couinements et des chuintements, et les deux rats claquaient des dents, Widget a attaqué et je les ai immédiatement séparés. Plus tard, en regardant le sonogramme des enregistrements, j'ai vu une série entière de longs couinements suraigus juste au-dessus de 20 kHz, au maximum de ce que mon microphone pouvait détecter. Snip avait produit des ultrasons.

Pour des descriptions, des enregistrements et des sonogrammes de sons de rat, visitez ma page Vocalisations du Rat Brun.

Communication olfactive

Les rats arrivés à maturité sexuelle, spécialement les mâles, déposent de petites gouttes d'urine sur les surfaces et les objets sur lesquels ils marchent, cela est connu sous le nom de marquage urinaire. Les rats préfèrent marquer les surfaces et les objets où ils peuvent marcher facilement, et leur comportement de marquage augmente radicalement quand ils rencontrent une odeur non-familière (Hopp et Timberlake 1983). Les rats mâles préfèrent mettre leur marquage urinaire par dessus les odeurs et les autres mâles adultes, et les rats neutres marquent très peu (Brown 1975, 1977).

En général, le marquage urinaire est considéré comme une forme d'avertissement d'une présence et un attractif sexuel. Doty (1974) émet l'hypothèse que les rats mâles passent une annonce et que les femelles sélectionnent un mâle grâce à ces annonces. Les rates font elles aussi des petites annonces par marquage urinaire mais à un moindre rythme que les mâles. Les femelles marquent par leur urine majoritairement la nuit avant les chaleurs (Birke, 1978 ; Calhoun 1962, p. 151). Les rats mâles trouvent l'urine et les odeurs sébacées très attirantes (Sachs 1997 ; Pfaff et al. 1973) ainsi les femelles peuvent connaître leur succès et leur réceptivité auprès des mâles potentiels.

Le marquage urinaire n'est pas la seule communication chimique utilisée entre rats. Les rats ont des glandes odorantes sur leurs flancs, et ils frictionnent ces odeurs sur les objets de leur environnement (connu comme marquage par flanc). Les flancs des mâles marquent plus que ceux des femelles, et les flancs des rats marquent plus quand ils peuvent sentir les autres rats (Peden et Timberlake 1990).

Pour en savoir plus, lisez le monde olfactif des rats, et le marquage urinaire chez les rats bruns.

COMPORTEMENT REPRODUCTIF

Rates

Cycle ovarien des rates : Le cycle des rates est divisé en plusieurs phases : le prœstrus, qui dure 12 heures correspond au début du comportement d'accouplement, connu comme comportement d'œstrus, ou chaleurs. La femelle ovule à la fin du prœstrus et rentre ainsi en œstrus, qui dure 36 heures. Après l’œstrus, elle arrive en diœstrus pour une période de 48 heures, divisé en diœstrus I (première 24 heures) et diœstrus II (secondes 24 heures). Après le diœstrus, elle entre à nouveau en période de prœstrus.

Prœstrus (12h) ---> Ovulation ---> Œstrus (36h) ---> Diœstrus (48h)

Comportement d'accouplement de la rate : Durant le prœstrus, ou comportement d’œstrus, la femelle sollicite le mâle pour l'inciter à la monter. Elle se jette vers lui et court, ou bondit. Elle peut répéter cette séquence d'approche-retraite plusieurs fois, parfois en agitant les oreilles. Elle peut aussi s'arrêter près de lui ou courir vers lui, et peut l'intercepter dans sa poursuite d'une autre femelle. Le mâle trouve ce comportement de sollicitation très attirant, et suit la femelle. Il la monte, et la pression qu'il exerce sur ses flancs, le bas de son dos et la zone ano-génitale déclenche une lordose chez la rate (Nelson 1995).

La lordose est la posture d'accouplement de la femelle, dans laquelle elle se tient raide et immobile, son dos courbé vers le bas, son derrière relevé, sa queue positionné sur un côté et sa vulve vers le bas. Sans lordose, la copulation est impossible. Après la copulation, la femelle stoppe la posture d'accouplement. Elle peut se laver ou laver le mâle, elle peut s'en aller, ou se reposer (Nelson 1995).

Rats

Hormones masculines et comportement reproductif : La libido du mâle s'exprime après la puberté, quand les testicules deviennent actifs et commencent à secréter une hormone appelée testostérone. La testostérone ne cause pas directement le comportement reproductif autant qu'il augmente la probabilité du comportement reproductif apparaissant dans un contexte particulier, tel qu'en la présence d'une femelle réceptive. Un mâle avec un fort taux de testostérone est plus à même de copuler avec une femelle réceptive qu'un mâle avec un faible taux de testostérone. La castration, qui retire les testicules et ainsi la source de testostérone, réduit considérablement la réceptivité sexuelle.

Comportement d'accouplement du rat : Avant de monter, le mâle se livre à un comportement pré-coïtal : il enquête sur la femelle, renifle sa bouche et sa région ano-génitale. Puis il la monte, et si elle est en chaleur, elle exhibera sa posture de lordose, qui rend possible l'intromission. L'Intromission, quand les organes de reproduction du mâle pénètrent ceux de la femelle, est accompagnée par des mouvements puissants de l'arrière-train. La colonne vertébrale du mâle peut s'arquer et ses pattes avant peuvent décoller du dos de la femelle. L'intromission est suivie de l'éjaculation, l'expulsion puissante de liquide séminal provenant du corps du mâle via l'urètre. Un bouchon de sperme peut être déposé dans le vagin, afin de bloquer l'intromission par d'autres mâles pendant un moment, donnant ainsi plus de temps au sperme du mâle pour fertiliser la femelle. Après l'accouplement, le mâle peut émettre des vocalisations ultrasoniques, et il devient sexuellement inactif et léthargique. Il peut se laver, puis s'allonger et dormir (Nelson 1995).

COMPORTEMENT PARENTAL

Comportement maternel

Les rates gestantes choisissent un endroit pour construire un nid avant la naissance des petits. Une fois que les petits sont nés, la mère doit procéder à trois comportements parentaux si les petits survivent :

  • lécher les petits pour les nettoyer du fluide amniotique et stimuler l'élimination des déchets.
  • adopter la posture d'allaitement, en s'accroupissant au-dessus des petits pour faciliter l'allaitement, ainsi que pour les protéger et les réchauffer.
  • récupérer les petits s'ils quittent le nid (e.g. Smith et Berkson 1973)

Pour faciliter le premier allaitement des nouveaux-nés, la mère lèche sa vulve et son ventre durant la mise-bas, étalant le fluide amniotique sur son ventre. L'odeur du liquide amniotique attire les nouveaux-nés vers ses tétines. En grandissant, l'odeur de leur propre salive et celle de leurs frères et sœurs et de leur mère continue à les attirer vers les tétines.

Une mère de jeunes ratons peut aussi faire preuve d'agressivité maternelle, caractérisée par des attaques dirigées vers l'animal approchant son nid et ses petits. De telles attaques peuvent décourager les autres animaux d'approcher et de faire du mal à sa progéniture.

Le début du comportement maternel est influencé par les hormones et par l'expérience avec les petits.

Les hormones jouent un rôle important dans l'influence du comportement maternel, mais l'exacte relation entre les hormones impliquées et le comportement maternel n'est pas totalement expliqué. La prolactine, une hormone étroitement associée à la lactation, est connue pour être importante, mais beaucoup d'autres hormones sont aussi impliquées (voir Nelson 1995 pour en savoir plus).

Le contact des petits joue aussi un rôle. Le comportement maternel peut être provoqué chez les rates non-mères par des expositions répétées quotidiennes à des petits adoptifs (un procédé appelé concavaetion). Chez les femelles n'ayant jamais eu de portée, ce procédé prend 5 à 6 jours. Les femelles qui ont déjà eu des portées dans la semaine précédente ont une latence plus faible, cependant, et se comportent de manière maternelle avec les petits après un jour (Bridges 1990).

Le comportement maternel est entretenu par une stimulation tactile. Beaucoup de comportements maternels impliquent la bouche (léchage, récupération des petits, construction du nid), et sont radicalement réduits si le museau de la mère est anesthésié (Stern 1989). La posture d'allaitement est maintenue par la stimulation de l'accroche des petits aux tétines, si les tétines de la mère sont anesthésiées, elle n'adopte pas la posture d'allaitement (Stern et al. 1992). Si les bouches des petits sont anesthésiées et ne s'accrochent pas à la mère, et bien une mère non-anesthésiée n'adoptera pas de posture d'allaitement non plus (Stern et Johnson 1990).

Alors que les petits grandissent, il y a plus de contacts mutuels initiés entre eux et leur mère. Vers l'âge de 14 à 16 jours, les petits commencent à explorer le monde autour du nid. Les petits retournent vers le nid, guidés par un signal chimique produit par la mère du jour 15 au jour 27 de la lactation (Leon et Moltz 1972).

Avec le temps, le contact entre la mère et la progéniture décroît, et l'attention maternelle diminue. La diminution de l'attention maternelle est en partie régulée par la température du corps de la mère et son besoin de dissiper la chaleur. Une mère s'accroupissant sur sa portée ne peut pas dissiper la chaleur. Alors que la portée grandit, les petits retiennent la chaleur plus efficacement, ainsi la mère passe de moins en moins de temps dans le nid avec eux et évite de se surchauffer (Woodside et Leon 1980).

Lecture complémentaire : Nelson 1995.

Comportement maternel domestique vs. sauvage : La domestication a eu un relatif petit impact sur le comportement maternel : le comportement maternel du rat domestique est qualitativement similaire à celui du rat sauvage. La rate domestique comme la rate sauvage allaite, récupère les petits, construit un nid et est capable d'agressivité maternelle. Il y a quelques différences quantitatives, cependant : les rates sauvages sont plus efficaces pour rattraper les ratons (les mères sauvages rattrapent plus leurs ratons après avoir été éparpillés et les rattrapent plus rapidement). Les mères domestiques passent plus de temps à construire leur nid et construisent des nids plus gros en moins de temps. Les rats sauvages finissent par construire un nid aussi large, mais cela prend plus de temps.

Nid communautaire : Deux mères rates ou plus peuvent aussi mettre leurs portées dans un seul nid et les élever ensemble. Mes propres rats étaient le résultat d'une situation de nid communautaire : trois femelles et deux mâles ont été abandonnés par la société humaine et ont été accidentellement mélangés dans une seule cage. Les trois femelles ont été gestantes et les cinq rats ont été récupérés par une organisation locale de sauvetage de rats. L'une des femelles n'avait pas de lait, donc les deux mères restantes ont élevé les trois portées ensemble. Il était impossible de dire quelle portée était laquelle, et impossible de savoir si les parents étaient liés ensemble. Mes trois mâles ont ainsi des combinaisons de pleins de frères et sœurs, demi-frères et sœurs, et d'autres sans rapports.

Pour en savoir plus sur le nid communautaire, lisez les différents articles intitulés Nid communautaire et allaitement chez le rat brun

Comportement paternel

Avant le sevrage : Schultz et Lore (1993) ont étudié l'utilisation d'un nid avec des groupes de trois rats adultes : deux femelles et un mâle. Les femelles ont donné naissance à deux portées engendrées par le mâle. Le mâle n'a pas tué ou fait de mal aux ratons, mais il ne s'en occupait pas pour autant : le mâle ne s'est jamais occupé d'eux et ne leur a pas porté d'attention parentale. En fait, il les approchait rarement. S'il le faisait, il était sévèrement attaqué par les mères. La plupart des mâles passent leur temps seuls dans un coin de la cage, et avec le temps les petits sont sevrés et tous les mâles blessés.

La présence du père n'a aucun effet sur la réussite de la portée : la mère, avec ou sans la présence du père, donne naissance au même nombre de petits, et élève le même nombre de petits jusqu'au sevrage, et passe autant de temps avec ses petits.

Après le sevrage : Presque toutes les études sur le comportement parental des rats sont ciblées sur la mère. Habituellement, le père n'est même pas présent. Les quelques études qui prennent en compte le père examinent son comportement durant l'enfance des petits, quand il est marginalisé par la mère. Presque aucune étude n'examine l'interaction entre les mâles adultes et leur progéniture juvénile après le sevrage, même s'il est hautement improbable que les jeunes rats soient sociabilisés en absence d'un mâle adulte dans la nature.

Drews et al. (1982) examinent le comportement social dans des groupes familiaux constitués de femelles adultes, de mâles adultes et de leurs ratons après le sevrage. Les auteurs ont enregistré le comportement de tous les rats dans les groupes familiaux pendant trois cycles de huit jours d'observation commençant quand les rats étaient âgés de 25, 60 et 79 jours.


Les familles de rats étaient assez amicales. Il n'y avait pas de blessure ou de morsure entre les rats. Les menaces étaient extrêmement rares, et avaient tendance à être faites par les jeunes mâles envers les autres jeunes mâles. Le comportement juvénile évoluait continuellement en comportement adulte sans aucun changement qualitatif : les formes de comportements ne changeaient pas, seulement leur fréquence.

Globalement, tous les rats luttaient, se battaient, se bloquaient, se poursuivaient, et se montaient entre eux. Cependant, la fréquence de ces comportements changeait avec le temps dans les différents groupes selon l'âge et le sexe.

Les ratons se battaient souvent ensemble. Dans une moindre mesure, les adultes se battaient avec les jeunes. Seulement la moitié des batailles avaient un vainqueur discernable et c'était en général les mâles adultes. Les jeunes mâles étaient les suivants dans la liste des vainqueurs, suivis par les jeunes femelles. Les femelles adultes perdaient généralement. Les coups étaient relativement rares, et les vainqueurs étaient durs à discerner, mais une fois de plus quand les vainqueurs pouvaient être discernés, les mâles adultes gagnaient la plupart du temps. Les jeunes mâles gagnaient moins avec le temps alors que les jeunes femelles gagnaient plus lorsqu'elles grandissaient. Les poursuites croissaient aussi avec le temps. Les jeunes femelles poursuivaient plus que les femelles adultes, mais malgré tout la poursuite est une activité de mâle. À la fin de l'étude, les mâles adultes effectuaient la plupart des poursuites. L'action de monter augmentait avec le temps, et à la fin de l'étude les mâles adultes faisaient la plupart des montes. Les jeunes étaient plus à même d'initier les interactions que les adultes, et les mâles plus que les femelles.

En général, les jeunes mâles sont plus lents à faire la transition du comportement juvénile à celui d'adulte quand leur père est présent. Quand les pères sont absents, les jeunes commencent à l'âge de 40 jours à se battre moins et à donner plus de coups, à monter les autres et commencent à établir une hiérarchie stable de dominance (Meany et Stewart 1981). Quand les pères sont présents, cependant, ces changements sont retardés : les jeunes mâles continuent à se battre, ils montent plus mais pas autant que les jeunes rats sans père, et une hiérarchie stable de dominance n'a pas émergée avant l'âge de 87 jours. La présence paternelle pourrait être responsable : les pères se battent et donnent des coups à leurs progéniture (et gagnent la plupart du temps ces affrontements), et à la fin les pères font la plupart des poursuites et des montes (Drews et al. 1982). Par conséquent, la dominance juvénile et les comportements sexuels peuvent émerger plus lentement quand les mâles adultes sont présents et comptabilisent la plupart des dominations et des comportements sexuels. Les mâles adultes interagissent aussi plus avec les jeunes que le font les femelles adultes, et peuvent ainsi jouer un rôle important dans la socialisation des jeunes rats.

ALIMENTATION ET BOISSON

Comment les rats choisissent-ils ce qu'ils mangent ?

La manière dont les rats choisissent ce qu'ils mangent est un domaine large et beaucoup étudié du comportement animal. Les rats sont omnivores, et peuvent potentiellement manger un peu de tout. Cette capacité à manger de tout les rend très flexibles (contrairement aux pandas qui mangent majoritairement du bambou) et ils peuvent vivre dans une grande variété d'environnements différents. Les rats ne sont pas "pré-programmés" à manger une certaine nourriture, chaque rat a besoin de découvrir ce qu'il peut manger selon son propre environnement.

Cependant, un risque majeur d'être capable de manger n'importe quoi est qu'il y a beaucoup d'aliments empoisonnés dehors, et une erreur peut être fatale. Comment un jeune rat différencie-t-il les aliments bons et ceux qui sont dangereux ? Choisir les aliments que les autres rats ont mangé est une très bonne astuce. Étonnement, ce procédé d'apprentissage se produit à différentes étapes :

  • Les fœtus détectent les fluctuations chimiques d'odeurs venant de l'alimentation de la mère et traversant la barrière du placenta. Peu après la naissance, les nouveaux-nés vont répondre positivement à ces aliments.
  • Les rats allaités reçoivent des informations via le lait maternel sur ce que leur mère mange, et ils préfèrent cette nourriture.
  • Plus tard, lorsque les jeunes rats sont sevrés et trouvent leur propre nourriture pour la première fois, ils se réfèrent aux adultes de la colonie en tant que guides et fouillent là où les adultes ont mangé, ou là où les adultes ont précédemment laissé des marques olfactives.
  • À l'adolescence et à l'âge adulte, lorsque les rats fouillent de manière indépendante, leur choix de nourriture peut être influencé par des facteurs sociaux qui sont arrivés dans le terrier d'habitation, loin de la zone de nourriture. L'odeur de la nourriture récemment mangée, portée par la fourrure, les moustaches, et l'haleine d'un fouilleur peut profondément influencer le choix de nourriture des rats interagissant avec ces fouilleurs.

(Galef 1996)

De plus, les rats peuvent apprendre quels aliments éviter avec l'expérience. Quand un rat est confronté à un nouvel aliment, il peut en prélever juste un petit échantillon. S'il tombe malade, il associera la nourriture à la maladie et évitera cet aliment à l'avenir (Garcia et Keolling 1966).

Pour en savoir plus, lisez l'article plus complet "Comment les rats choisissent-ils ce qu'ils mangent ?"

Manger et boire

De nombreux rats cachent leur nourriture. Le fait de cacher a une grande signification, car les sources de nourriture n'étaient pas constantes chez les ancêtres des rats sauvages ; ainsi, sécuriser et cacher sa nourriture pour plus tard est une importante stratégie de survie. Il n'y a qu'en captivité que les rats sont nourris abondamment et au même endroit chaque jour.

Les rats mangent en tenant les petits morceaux de nourriture dans leurs pattes avant, et en mangeant les grands morceaux directement sur le sol.

La majorité des rats domestiques boivent au biberon, en léchant l'eau sortant par la bille de métal à l'extrémité du bec verseur. Lorsqu'ils lèchent, ils pressent brièvement la bille dans le bec avec leur langue, ce qui libère une autre goutte d'eau sur la bille de métal. Les rats peuvent aussi laper l'eau dans une coupelle.

Pica : manger une substance non-nutritive

Les rats ne peuvent pas vomir. Ils répondent aux nausées en mangeant des substances non-nutritives (une activité appelée pica) comme l'argile, la boue, et parfois même de la litière (Mitchell 1976, Mitchell et al. 1977a, b, c, Morita et al. 1988b, Clark et al. 1997) ). Le pica est une réponse adaptée aux nausées, car les nausées sont fréquemment causées par une toxine : la substance non-nutritive (spécialement l'argile) peut aider à diluer l'effet de la toxine sur le corps (e.g. Philips et al. 1995, Philips 1999, Sarr et al. 1995).

COMPORTEMENT PRÉDATEUR

Alors que la majorité de l'alimentation d'un rat est faite de matière végétale, les rats s'attaquent aussi à d'autres animaux qu'ils chassent, tuent et consomment. Les rats s'adaptent très bien pour leurs préférences alimentaires et nous savons qu'ils tuent et mangent une grande variété de petits animaux, tels que les invertébrés (Strecker et al. 1962), d'autres rongeurs (Hsuchou et al. 2002), des chauve-souris (Villa 1982), des oiseaux (Atkinson 1985, Austin 1948, Drever et Harestad 1998, Harfenist 1994, Heather et al. 2002, Johnstone 1985, Moira et al. 1999, Moors 1985), des amphibiens et des reptiles (Newman 1986, Whitaker 1978).

Une séquence habituelle de comportement prédateur est :


détection d'une proie → poursuitemorsure → mort → manipulationconsommation


Alors que la séquence entière reste relativement constante, elle peut changer selon la proie. Quand un rat chasse et tue un cricket ou un autre insecte similaire, le rat poursuit le cricket et peut l'immobiliser, le prendre dans ses pattes avants, mordre la tête, retirer les pattes et les ailes, puis manger la tête et le corps (Ivanco 1996). Quand un rat chasse et tue une souris, le rat la poursuit et perce son comportement défensif, il mord la tête, le cou ou le haut du dos de la souris jusqu'à délivrer une morsure fatale. La première morsure est souvent fatale (Hsuchou et al. 2002 ; pour en savoir plus sur le muricide).

L'adaptabilité et l'efficacité du comportement prédateur du rat sont des raisons de la conservation des rats : quand des rats envahissent et s'établissent dans un nouvel habitat, ils s'attaquent à la vie sauvage indigène. Les rats peuvent considérablement réduire le nombre et la réussite de la reproduction d'une espèce locale, et peuvent mener certaines espèces à l'extinction.

DÉPLACEMENT

Les nouveaux-nés ne peuvent pas marcher, ils "marchent dans l'air" et "nagent" avec leurs pattes. Ils n'ont pas l'équilibre (système vestibulaire), les connexions neurales où les réflexes de postures qui sont requis pour marcher, et ne peuvent pas soulever leur corps du sol. Ils peuvent seulement soulever leur tête. En seulement quelques jours, cependant, ils commencent à ramper. Entre les jours 3 et 10 leur système nerveux commence à développer la capacité à marcher à quatre pattes. Durant cette phase, ils font des "pas" plus longs, ils commencent à coordonner leurs pattes afin que la patte avant gauche et la patte arrière droite (et vice versa) bougent ensemble, et la position de leurs pattes commence à changer (Jamon et Clarac 1998). Ils peuvent aussi se laver et se dresser, mais ils ont besoin de se maintenir avec une patte avant (Geisler et al. 1993). Vers l'âge de deux semaines, le système vestibulaire du bébé rat et les connexions neurales entre le tronc cérébral et le bas du dos sont complets (Clarac et al. 1998). Vers l'âge de 16 jours, les bébés rats peuvent marcher comme des adultes, et peuvent se laver et se dresser sur leurs pattes arrières sans support (Geisler et al. 1993).

Les rats adolescents et adultes marchent, trottent, galopent, et quand ils sont particulièrement exubérants, bondissent pour aller d'un endroit à l'autre. Les rats augmentent leur vitesse en faisant de plus longues et plus rapides enjambées (Clarke 1991, Cohen et Gans 1975).

Avec l'âge, les pattes des rats se tiennent plus éloignées, ils font de plus petites enjambées et leur démarche devient asymétrique. L'exercice peut cependant contrecarrer certain des effets de l'âge, allongeant les enjambées et augmentant la symétrie chez les vieux rats (Dorner et al. 1996).

Les rats sont aussi d'avides grimpeurs, progressant sur des surfaces verticales ou en pente avec des prises suffisantes. Les rats escaladent plus facilement qu'ils ne descendent. Ils descendent la tête la première, et semblent avoir des difficultés à contrôler leur poids et à descendre rapidement. Un rat peut entamer une descente puis sauter ou tomber à la fin du chemin.

TOILETTAGE

Les rats ont de nombreuses activités d'auto-toilettage, qui nettoient la peau et la fourrure. Le plus étendu est le toilettage céphalo-caudal, une séquence de toilettage couvrant la tête, les flancs et la queue, que l'on retrouve d'une manière ou d'une autre chez les autres rongeurs. Une séquence de toilettage moins étendue est le mordillement. Dans de rares circonstances, le mordillement peut devenir excessif et tourner à l'auto-trichotillomanie. Enfin, les rats se grattent, souvent avec une patte arrière.

RONGER ET MÂCHER

Les rats aiment ronger. Très durs ou plus mous (du bois d'une porte, aux bouts de papier, en passant par les câbles électriques) les objets sont au moins mordillés, et souvent plus.

Ronger et mâcher nécessite les trois muscles des mâchoires : les muscles masséters, temporales et ptérygoïdiens. Ces muscles soulèvent la mâchoire de haut en bas et d'avant en arrière.

Mais l'action de ronger est bien différente de celle de mâcher !

Quand un rat ronge, sa mâchoire du bas se déplace vers l'avant. Cela met les incisives en contact, et éloigne les molaires les unes des autres. Les incisives supérieures tiennent l'objet, et les incisives inférieurs le coupe. La mâchoire peut se déplacer vers l'avant car :

  • La cavité dans le crâne où la mâchoire inférieure s'articule est allongée et n'a pas de projection osseuse limitée (procédé) qui empêche la mâchoire de se déplacer vers l'avant.
  • Avec l'évolution de l'espèce, le point d'attachement sur le crâne du muscle qui fait bouger la mâchoire inférieure s'est déplacé vers l'avant, vers le nez. Cette disposition permet au rat de ronger très efficacement et puissamment. En fait, une partie du muscle masséter de la mâchoire passe à travers le canal infra-orbital, juste à côté de l'œil. Ce muscle passant à travers la cavité oculaire est la raison pour laquelle l'œil vibre d'avant en arrière ("œil exorbité") quand le rat grince des dents avec enthousiasme (frottant ses incisives de haut en bas rapidement) : le muscle masséter pousse l'œil (Figure 1).
Figure 1 : Crâne de rat, montrant le placement antérieur de portions de muscle masséter. Le muscle masséter médian passe à travers la cavité oculaire, juste à côté de l'œil, et est attaché sur le museau. C'est le muscle qui « exorbite » l'œil quand le rat grince des dents. Le muscle masséter latéral est attaché juste en-dessous et devant l'arche zygomatique. La disposition de ce muscle permet au rat de pousser sa mâchoire inférieure vers l'avant durant le rongement et rend la mâchoire très puissante.

L'avant des incisives (le côté près des babines) est recouvert par un émail épais, alors que l'arrière (le côté près de la langue) n'a pas d'émail et est recouvert de dentine. Ainsi les incisives se positionne à un angle permettant au dos de s'user avant l'avant. Cela garantit un côté tranchant au sommet de la dent. Chez certains rongeurs, un composant du fer renforce l'émail, ce qui donne une couleur jaune aux dents.

Les incisives du rat n'ont pas de racine et grandissent continuellement, ce qui reflète l'adaptation du rat pour ronger : le rat a une source constante de nouvelles dents et ne risquent pas d'user des dents jusqu'à la gencive. Corollairement, les incisives des rats qui ne peuvent pas ronger, ou dont les incisives ne se rencontrent pas, peuvent devenir trop longues. Cliquez ici pour en savoir plus sur les dents de rat.

Les rats ont un petit bout de peau qui se rabat derrière les incisives, gardant les débris non-voulus entrant dans la bouche. Les castors et les rats-taupes nus ont aussi ce rabat, ce qui leur permet de ronger les babines fermées sous le sol et sous l'eau.

Quand un rat mâche, la mâchoire bouge vers le bas. Dans cette position, les molaires sont en contact, mais les incisives ne le sont pas. Durant la mastication, la nourriture est broyée entre les molaires avant l'ingestion. Pour en savoir plus sur les mouvements des mandibules durant la mastication, lisez Weijs 1975.

Plus sur la morphologie du rongement chez les rongeurs, et les mâchoires des rongeurs.

CREUSER

Les rats peuvent creuser. Des rats domestiques placés dans une boîte de terre vont creuser avec joie. Les rats creusent des trous (surtout dans les coins) en projetant des poignées de terre en arrière avec leurs pattes avant, faisant un tas sous l'estomac. Parfois, le dos du rat s'arque sous l'effort étant donné que le rat utilise tout l'avant de son corps pour pousser la charge vers l'arrière. Parfois, ils dégagent le tas accumulé en le poussant en arrière avec leurs pattes arrières.

Cependant, la majorité de la terre dans une "boîte à creuser" est trop friable pour permettre de creuser un vrai terrier. Les rats domestiques peuvent cependant creuser des terriers s'ils ont le bon environnement et l'opportunité.

Creuser un terrier à l'extérieur : Boice (1977) a placé des rats albinos domestiques dans un enclos extérieur. Ces rats ont creusé des terriers avec succès, ont élevé des ratons, et fondé une population qui a vécu dans le terrier durant plus de deux ans. Ces terriers étaient indistinguables de ceux construits par des rats sauvages. Ils ont commencé par une entrée tenue par de la terre éparpillée autour de la moitié de celui-ci, ils ont construit une chambre de nidification à la fin du premier tunnel, ils ont construit un trou fermé, creusé de l'intérieur, par le second tunnel. Le diamètre long et profond des tunnels et le nombre de chambres étaient vraiment similaires à ceux des rats sauvages. Ainsi, les rats domestiques n'ont pas perdu leur capacité à creuser des terriers, même après des centaines de générations de captivité.

Creuser un terrier à l'intérieur : Boice a aussi placé des rats domestiques et sauvages dans une chambre d'observation en verre remplie de terre pour observer comment ils creusent (caractéristiques des boîtes à creuser de Boice). Les terriers qu'ils ont construits étaient vraiment similaires à ceux creusés à l'extérieur (même diamètre, etc.) mais étaient gênés par la taille de la boîte. Les tunnels de la boîte à creuser étaient plus courts et étaient placés plus profondément dans le sol. Certains systèmes de terriers étaient élaborés : ils étaient creusés en de multiples étages ou en cercles. Les comportements de creusage s'améliorent avec l'expérience : les rats ayant de l'expérience dans la boîte à creuser commençaient à creuser plus rapidement, accomplissant des systèmes de terriers plus complexes, et étaient plus coordonnés (ils sortaient la terre du tunnel avec des actions combinées de pattes avant et de la tête).

DORMIR

Les rats dorment 13 à 15 heures par jour. Ils ont tendance à être actifs durant les heures de crépuscule ou de la nuit.

Les rats ont tendance à dormir dans des lieux cachés et abrités comme les nichoirs ou les poches, dans des lieux peu exposés comme des hamacs suspendus, ou plus rarement exposés comme sur des étages de cage. Ils peuvent aussi faire leur nid avec des bouts de litière (voir la section Nid). Ils peuvent dormir avec d'autres rats en tas, ou seuls.

Les rats peuvent dormir dans plusieurs positions, selon la température, le lieu, et la dureté du lieu. Généralement, ils dorment étendus (sur leur estomac, leur côté, ou parfois leur dos) quand il fait chaud, et en boule quand il fait froid.

Comme les humains et les autres mammifères, les rats ont deux genres différents de sommeil. Ils ont le sommeil à ondes lentes (SW) et le sommeil paradoxal (REM), qui est le plus profond. Les rats utilisent probablement leur REM pour créer de nouvelles connexions dans leur cerveau, consolidant ainsi la mémoire. Les rats jouant dans un environnement stimulant avant de dormir montrent une modification des connexions synaptiques (voir recherches faites à Rockfeller). Les rats faisant un labyrinthe avant de dormir semblent refaire le labyrinthe dans leur esprit, pas à pas, approximativement en temps réel, lorsqu'ils entrent en REM. Durant le SW, ils rejouent des morceaux du labyrinthe en avance rapide. Ainsi, REM et SW semblent aider les rats à s'organiser et à cimenter ce qu'ils ont appris (voir Wilson's work at MIT).

Les rats baillent et s'étirent comme nous. Pour voir de magnifiques photos de rats qui s'étirent, regardez la page de la Galerie des Bâillements de The Dapper Rat.

NID

Les rats trainent ou portent dans leur gueule les matériaux pour faire leur nid jusqu'à l'endroit où ils ont choisi de dormir, tels qu'un perchoir ou un terrier. Les rats domestiques peuvent utiliser des textiles, du papier ou du carton déchiré, alors que les rats sauvages utilisent des feuilles et de l'herbe. Les rats peuvent déchirer les matériaux du nid en petits morceaux et tapisser le fond de leur nid avec.

Les rats produisent plusieurs types de nids. Le matelassé est la forme la plus simple de nid et consiste en seulement quelques objets plats comme des feuilles ou du papier. C'est le nid le plus typique construit par les rats mâles. Un nid en coupe est plus large et a des murs bas, tapissés avec des objets plats, parfois entrelacés. Un nid à capuchon est le nid le plus large et le mieux organisé. Ses murs sont si hauts qu'ils forment un plafond et le nid devient une sphère creuse avec une ouverture. Ces nids sont parfois construits par les mères pour leurs portées.