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Firmin, autobiographie d'un grignoteur de livres, par Sam Savage

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Firmin

Présentation & critique selon Utopya

Sommaire

Introduction

« Voici l'histoire la plus triste qu'il m'ait été donné d'entendre ». C'est ainsi que commence réellement ce livre.
Il faut tout d'abord savoir que ce roman est destiné aux amateurs de littérature, et non aux amateurs de rats qui n'y trouveront aucun détail scientifique, ni aucune réalité sur la société des rats. Mais si comme moi vous aimez lire et que vous êtes du genre à vous attacher aux héros pathétiques, ce livre est fait pour vous !

Page de couverture de face de Firmin

Histoire

Cette triste histoire se passe à Boston dans les années 1960, et plus particulièrement dans le quartier de Scollay Square. C'est un quartier pauvre comme tant d'autre où règne désolation et population malsaine alternant entre alcoolisme et pornographie.
C'est dans cette atmosphère pesante que Flo va donner la vie. Flo est une grosse rate qui se nourrit des flaques de bières du quartier et qui, enceinte jusqu'aux yeux, trouve l'endroit le plus proche pour accoucher, le sous sol d'une librairie de Scollay Square.
Firmin est le dernier de la portée de treize ratons, et Flo n'a que douze mamelles. Le pauvre Firmin, en plus d'être le plus faible, est aussi né avec une différence troublante, il est né avec les yeux ouverts.
Sa faiblesse naturelle fait de lui le pestiféré, et ses douze frères et sœurs l'empêchent de téter. Il se nourrit donc de la seule chose qu'offre une libraire : des livres. Mais bientôt, se nourrissant littéralement de mots, il se met à comprendre qu'il peut les lire, les concevoir et découvrir de fabuleuses histoires.
C'est ainsi que Firmin passe du stade de maigre raton rejeté à celui de rat de bibliothèque, qui au fil des semaines et des mois va se nourrir de littérature. Se rêver en chaque personnage, au point d'oublier lui même qu'aux yeux du monde il n'est qu'un rat.

« J'avais beau l'arborer bravement, ce déguisement obligatoire ne cessait de me démanger si bien que, à certaines périodes, je ne pouvais pas m'empêcher d'essayer d'en faire sauter les coutures à coups de dents. »

Et nous voilà plongés dans le combat mélancolique d'un rat qui veut être aimé, et par dessus tout être normal.

Page de couverture de dos de Firmin

Critique

Cette histoire m'a énormément émue. Je sais que je suis bon publique et qu'un histoire triste a de grandes chances de me plaire, mais celle-ci est écrite de manière très originale, et si on parvient à vraiment adhérer au style de l'auteur, ce livre promet quelques heures passionnantes.
Firmin arrive à nous donner envie de le suivre et de le soutenir dans son apprentissage du monde réel. Il est terriblement attachant et nous fait partager chacune de ses émotions avec un nombre étonnant de détails, comme ici quand notre héros raconte son traumatisme de n'avoir jamais pu réellement téter sa mère.

« Pour beaucoup, le désespoir se manifeste par un nœud à l'estomac, le sang qui se glace ou un haut -le-coeur, mais, pour moi, il s'accompagnera toujours de cette impression inoubliable : quelque chose qui glisse sur mes gencives et s'échappe de ma bouche. »

Un des points forts de ce livre, est que malgré l'histoire totalement surréaliste, l'auteur arrive à donner à Firmin une crédibilité. On rentre totalement dans le récit et à aucun moment le livre nous donne l'impression d'être un conte pour enfant où une fable de La Fontaine. Le texte est incisif !

« Le mot « infesté » m'intéresse assez. Les gens normaux n'infestent pas, ils n'y arriveraient pas s'ils le voulaient. Seuls les puces, les rats et les juifs infestent. »

Je pense que le point faible de ce livre est qu'il ne ravira pas un large public. L'histoire se déroule sur fond de références littéraires qui lasseront les moins passionnés.

Conclusion

Consciente que ce livre n'est pas simple à lire, je n'irai pas jusqu'à vivement le conseiller. Mais si vous aimez lire, que vous aimez découvrir de nouvelle choses, ce livre est selon moi précurseur, et apporte une vision encore jamais explorée de l'écriture.
Caché derrière ses airs de livre pour adolescent, cette histoire révèle une dimension bien plus vaste et fait partager des moment particuliers.
Firmin est un personnage extrêmement attachant, et on ne peut pas finir ce livre sans penser à lui encore quelques heures.