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Captifs, par Élisabeth Saint-Michel

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Captifs

Présentation & critique selon Utopya

Sommaire

Introduction

« Je suis né ici, en captivité, et mes ancêtres avant moi. Je n'ai jamais transmis la peste ou le choléra. Je n'ai jamais remonté les égouts de Paris. L'attirance pour les ordures déversées sur un coin de trottoir m'est étrangère. Je suis un rat. Un rat de laboratoire. »

Voici les premières phrases de ce court roman se déroulant dans un laboratoire effectuant des tests sur des animaux. Le rat servira de fil conducteur pour cet ouvrage se faisant satire du monde du travail actuel.

Page de couverture de face de Captifs

Histoire

Le laboratoire de recherche ARCOMEDY, situé apparemment en France, est spécialisé dans les tests sur les animaux, les chiens, les chats, mais surtout les rats qui seront au centre de cet ouvrage.

Plusieurs personnages auront un rôle important dans cette histoire : Croxo, le directeur ; Wilson, le directeur adjoint ; Guillemette Lévèque, la chef de département ; Mettez, le chargé d'entretien ; et un rat. Tous ces personnages ont une personnalité caricaturale : le patron froid, autoritaire et manipulateur ; le directeur adjoint soumis et effacé ; la femme donnant un air autoritaire et sûre d'elle mais étant en fait fragile, en profonde dépression, passant ses journées entre son travail, ses rendez vous chez un psychologue et un jeu en ligne où elle s'est crée un personnage sulfureux qu'elle rêverait de devenir ; et le chargé d'entretien rebelle, prônant des valeurs de gauche, voir d'extrême gauche.

Bien qu'à chaque nouveau chapitre un nouveau personnage prenne la place de narrateur, Mettez est à mon sens le personnage principal. Cet homme est chargé d'entretenir les locaux du département des rats, il doit noter les décès, et est chargé des incinérations. Un jour, il se prend d'affection pour l'un des nombreux rats en cage, et décide de faire de lui son protégé, le sauvant d'une triste mort et lui offrant une vie à laquelle il n'était pas destiné.

A travers les yeux des différents protagonistes, ce livre nous emmène dans une guerre menée contre un patron autoritaire, dans une entreprise où la hiérarchie prime et où le « petit personnel » n'a pas droit de parole. Entre injustices et révoltes, l'histoire nous entraîne dans les combats de plusieurs personnes qui à première vue n'ont rien en commun.

Le rat ici est un observateur subjectif, mais ne voyant pas les choses comme les humains. Il ne comprend pas tous les enjeux dont il est au centre, ni ne comprend les différentes attitudes à son égard. Comme les humains, la seule chose qui l'anime est le désir de liberté et l'envie de ne pas passer sa vie emprisonné, à la merci des personnes pensant avoir un droit de décision sur lui.

Page de couverture de dos de Captifs

Critique

D'un avis tout à fait personnel, j'ai beaucoup aimé l'arrière plan politique de ce livre, ce goût de syndicalisme et ce combat contre le patronat. J'ai trouvé intéressant le passage expliquant l'évolution des entreprise et de la place des employés dans la hiérarchie. Et j'ai particulièrement adhéré aux trois chapitres nommés « Observation diagnostic », plaçant le patron au rang de cobaye qu'on observe et qu'on analyse, faisant une amusant inversion de rôle dans ce laboratoire.

Par contre, je n'ai pas vraiment apprécié que le rat soit juste un moyen de parler d'autre chose, un simple fil conducteur. J'ai déploré certains passages mensongers ou inadaptés tels que :
« Les émanations du produit ont fini par provoquer une nausée chez de nombreux rats, en particulier les nouveaux-nés. Pourtant favorisés par le lait maternel et une cage plus douillette, ils ont été pris de vomissements. »
ou encore :
« Elle se lève et me tiens par la queue [...] »
A plusieurs occasions, l'auteur parle de rats vomissant, ce qui est biologiquement impossible, et de rats étant tenus par la queue. Bien entendu, l'histoire veut que personne ne connaisse réellement les rats et qu'ils les tiennent donc pas la queue, mais j'ai déploré qu'elle ne prenne pas la peine de rentrer dans les pensées du rat, comme elle le fait souvent, pour préciser que cela lui fait mal, que ça tire sur sa colonne vertébrale.
Je n'ai pas non plus adhéré au fait que la possibilité qu'un rat de laboratoire puisse sortir et survivre en se trouvant une troupe de rats sauvages soit présentée comme probable.

Le rat est pour moi un personnage trop vague, passant de l'animal très intelligent connaissant tout, même ce qu'il n'est pas sensé connaître, comprenant ce que disent les humains, au rat naïf, vivant dans un monde où le sens de tout lui échappe.

J'ai donc trouvé ce livre assez brouillon, trouvant dommage que ce pauvre rat ne soit qu'un moyen, presque un objet, pour se livrer à un pamphlet du monde du travail. Je pense que ce livre aurait pu se passer de la présence de l'animal car, à mon goût, il ne brise aucun a priori que les gens peuvent avoir sur les rats.
Même le gentil Mettez qui aime cet animal passe ses journées avec le rat dans sa poche, le nourrissant de graines de tournesol, et refusant de le ramener chez lui pour l'unique raison qu'il possède un chat.

Conclusion

Ce livre est une satire très amusante du patronat et un bon livre pour les personnes voulant un court roman politisé. Mais ce n'est pas un livre à mettre entre les mains d'un amateur de rat qui ne verra que des clichés et des erreurs sur ce pauvre animal malmené tout au long du livre.
Je pense que tout cela n'est qu'une maladresse de l'auteur, et une jolie phrase vers la fin du roman décrit bien le rôle qu'elle donne au rat :
« Ça dépasse l'entendement non, de s'attacher à un rat ! Je suis sûr qu'il avait de l'affection pour moi lui aussi. »
En effet, ce rat est présenté comme attachant, mais tout au long de l'histoire on garde cet image que le rat n'est pas fait pour vivre avec l'homme.